Radiohead nous invite à plonger dans leur « piscine en forme de lune ».

radiohead_nouvel_albumL’idée même “d’immersion” prend tout son sens dans cet univers éthéré où les sonorités fluides traversent des mélodies profondes. “Plonger” dans les arcanes ; tant l’univers de Radiohead est complexe et teinté de mysticisme. Et le fait est que, le groupe loin de donner les clés de leurs chansons énigmatiques, entretiennent volontiers le mystère. Preuve en sont les nombreux forums où les fans étudient inlassablement ; paroles, musiques et clips pour trouver un sens aux titres des albums. Un parcours initiatique dans les profondeurs abyssales du cortex de Thom Yorke qui peut séduire ou dérouter mais ne laissera pas indifférent.

Les thèmes abordés dans « a Moon Shaped Pool » sont divers puisqu’ils traitent aussi bien de causes environnementales et de postures politiques que de métaphysique et de relations amoureuses. L’album a néanmoins tant dans son contenu que dans son interprétation, une ligne de pensée “new-age”, héritage notamment des lectures bouddhistes, ainsi que des engagements politiques du leader Thom Yorke.

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La musicalité de l’album s’articule essentiellement autour d’instruments acoustiques, ponctuée par touches discrètes d’effets électroniques. La guitare sèche, le piano, les ensembles de cordes et bien évidemment la voix suave de Thom Yorke en constituent la colonne vertébrale. Des réverbération de chœurs viennent animer d’une dimension nouvelle de nombreux passages. Des murmures, des sonorités synthétiques superposées en couches hétéroclites créent une ambiance fantomatique qui fait écho aux errances existentielles de l’artiste.

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Le point de vue sociétal de Thom Yorke donne naissance à des titres dénonciateurs d’une mentalité sectaire et d’une montée populiste. Ainsi « Burn the Witch », dont le clip réalisé en stop motion met en scène une “chasse aux sorcières” ; fait référence, selon la directrice d’animation, aux mouvements nationalistes en Europe et plus précisément au traitement des réfugiés.
Selon Pitchfork (site web critique de musique indépendante, basé dans l’Illinois), l’animation faussement naïve et désuète serait plus généralement la critique du système conservateur de la Grande Bretagne dont les valeurs traditionnelles se reflètent dans la série créée par Gordon Murray dans les années 60, « Trumptonshire Trilogy ».
Ainsi cette curée s’achève par le bûcher d’un géant de bois, clin d’œil non dissimulé au film « The Wicker Man ». L’orchestration de « Burn the Witch » illustre cette notion de “chasse” par des riffs de violons saccadés, tels des bourdonnements d’insectes rageurs. Ce tempo agité en toile de fond campe une ambiance stressante de clameur de foules qui va crescendo jusqu’à son dénouement. En contrepoint, la voix de Thom Yorke se pose en mélopée plaintive qui monte graduellement en puissance.

« Burn the Witch » fait d’ailleurs écho à « Tinker Tailor Soldier Sailor Rich Man Poor Man Beggar Man Thief », titre tiré d’une comptine anglaise, duquel plane une suspicion latente, une atmosphère de paranoïa propre au roman d’espionnage de John le Carré « Tinker, Tailor, Soldier, Spy ».
L’univers musical du 10e titre de l’album est guidé par un arpège de piano, monotone. Les cordes apportent la nuance mélodique. De même que les chœurs structurent une harmonie plus dense. Reste cet effet de souffle mixé de grincements électroniques, comme un sonar qui donnent un caractère quasi fantastique à la composition.

Paul Thomas Anderson, quant à lui réalise le clip de « Daydreaming » ballade hypnotique aux arpèges de piano spectrales auxquelles répondent les lamentations “animales” des violons. Les distorsions analogiques font naitre un univers irréel et mouvant. Le réalisateur collabore de longue date avec Jonny Greenwood (2e membre du groupe) qui a composé les bandes originales des films : « There Will Be Blood », « The Master » et « Inherent Vice ».
La caméra suit l’errance de Thom Yorke le long d’un parcours ininterrompu qui le mène de tunnels sans fin en couloirs labyrinthiques, ouvrant des portes sur des lieux sans cesse différents.

Une fan analyse d’ailleurs « Daydreaming » comme étant la perception bouddhiste de la réincarnation. Les passages d’un lieu à un autre symbolisant les passages d’une vie à une autre. Pour accéder enfin à l’illumination ultime, symbolisée l’immensité d’une chaine de montagnes immaculées. Le cycle est bouclé quand Thom Yorke se recroqueville en position fœtale dans le boyau de la montagne nourricière. Cette réflexion métaphysique est très largement inspiré par le « Bardo Thödol », le « Livre des Morts Tibétains », ouvrage de chevet de Thom Yorke.

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« Decks Dark » reste quant à elle une chanson aux significations obscures. Certains fans ont retrouvé ses paroles sur un site d’Ufologie (discipline qui consiste à recueillir, analyser et interpréter les données se rapportant aux phénomènes des OVNI) qui pourrait être la source d’inspiration pour l’écriture de ce titre.

Le titre « Desert Island Disk » fait référence à un programme de la BBC dont le principe est de laisser un invité choisir 8 titres qu’il emporterait avec lui sur une île déserte.

radiohead_love_song« Glass eyes » et « Ful stop » sont les deux “chansons d’amour” de l’album.
Dans « Glass eyes » Tom York se projette amoureux déçu, hébété, largué sur le quai d’une gare avec le fantôme d’un amour passé collé à peau, dans un état de dénuement total qui le laisse sans avenir.
Dans « Ful stop » (“Full” est volontairement écrit avec un seul “L”. La signification du second “L” éludé reste un mystère),  l’interprète oscille entre rancœurs et regrets, et termine en suppliques pour retrouver cet amour perdu.
Ces titres pourraient avoir été écrit suite à la rupture de Thom Yorke et de Rachel Owen, sa compagne rencontrée alors qu’ils étaient tous deux à l’université d’Exeter. Cette séparation en été 2015, après 23 ans de vie commune et deux enfants, marque assurément le chanteur dans ces compositions musicales empreintes d’une grande tristesse et de solitude sentimentale.

« Identikit » est à la base un logiciel de portrait-robot utilisé par la police américaine. Plusieurs interprétations ont été avancées ; de la critique des artistes médiatisés en passant par la recherche identitaire de l’auteur même.
Une orchestration de percussions légères, rehaussée d’accords de guitare forment le point de départ de ce morceau. La voix de l’interprète est portée en force par des chœurs jusqu’au final de guitare électrique aux mélodies vibrantes.

the_numbers_radiohead« The Numbers », titre écologiste que Tom Yorke innova, en solo, en marge de la COP21 (Conférence sur le Climat au Bourget), sous le nom de « Silent Spring » est un hommage au livre éponyme de la biologiste Rachel Carson. Le titre débute en coulée de notes de piano. Un riff discret de guitare guide la voix de Thom Yorke. Les chœurs d’abord masculins s’effacent pour laisser place aux chœurs féminins. Une vague suivante révèlent les cordes. Et ainsi de suite, les instruments et les voix reviennent et se succèdent.

« Present Tense » est une musique aux accents de Bossa Nova. Avec son orchestration de guitare sèche et de percussions secouées (shakers), ses voix suaves de chœurs féminin reprises en canon, ce morceau dénote des autres titres de par une légèreté estivale, une harmonie exotique.

True_Love_WaitsIl aura fallu 20 ans depuis sa création et de nombreuses interprétations en live pour que « True Love Waits » voit enfin son enregistrement en tant que titre d’album. Cette chanson a été écrite par Thom Yorke alors qu’il venait de lire un fait divers relatant l’histoire d’un enfant de 5-8 ans abandonné par ses parents partis une semaine en vacance, lui laissant pour seules provisions ; des sucettes et des chips.
L’arpège de piano est toujours présent, souligné de plusieurs riffs en effet de contrepoint. De cette dissonance nait une atmosphère imprégnée de mélancolie. La mélodie lente du piano rappelle par son tempo linéaire les « Gymnopédies » et les « Gnossiennes » d’Erik Satie.

Visuellement, c’est Stanley Donwood, designer attitré du groupe, depuis leur deuxième album « The Bends », qui réalise le dernier artwork de l’Edition Luxe de « a Moon Shaped Pool ».

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Le choix de Stanley Donwood, de son vrai nom ”Dan Rickwood”, s’imposait comme une évidence ; non seulement de par son indéniable talent, mais aussi du fait de sa complicité avec Tom Yorke qui tout comme lui, fit ses classes aux Beaux-Arts d’Exeter (ville située au Sud-Ouest de l’Angleterre, non loin de Plymouth).
Il suffit de voir la progression des œuvres de Donwood en symbiose avec l’évolution musicale de Radiohead pour reconnaitre que cette fois encore, l’artiste a réussi à illustrer brillamment l’univers de « a Moon Shaped Pool ».
L’ambiance musicale dans son ensemble ; que ce soient les notes vives de piano, les légatos évanescents des violons mêlées au voix spectrales des chœurs ; sont rendues par un travail tantôt photographique tel « Daydreaming », montage de prises de vues astronomiques de la planète Pluton (région Tombaugh de Pluton — appelée le cœur à cause de sa forme), tantôt par des peintures en “dripping” aux tonalités puissantes.

Boutique online : https://amsp.wasteheadquarters.com

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Une réponse à Radiohead nous invite à plonger dans leur « piscine en forme de lune ».

  1. Anonyme dit :

    Bonjour ! Depuis que j’ai écouté le nouvel album de Radiohead, je suis tombée sous le charme !

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